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ARMEMENT ET FORMATION DES FORCES DE L’ORDRE Interview du Capitaine Jacques Levinet par l'Union Syndicale Professionnelle des Policiers Municipaux (USPPM) USPPM : Capitaine Levinet, vous dirigez l’Académie AJL, organisme de formation professionnelle, spécialisé dans la formation des forces de l’ordre (Police municipale, douanes, armée, pénitentiaire, protection rapprochée). Vous avez mis au point une nouvelle méthode d’entraînement (le Real Operational System ou ROS*) pour l’intervention opérationnelle avec le maximum d’efficacité dans le respect de la loi. Vous avez dispensé des stages de ROS partout en France, en Europe, aux USA, en Australie et en Russie. Dernièrement des restrictions ont été émises sur l’utilisation du TASER pour les forces de l’ordre qui en sont légalement dotés. Quel est votre point de vue sur la question ? J.Levinet – Le sujet du TASER, bien qu’étant essentiellement une question commerciale de sécurité, est lié intrinsèquement au problème de la formation et de la législation qui sont différentes selon les pays et en particulier aux États-unis et en France. L’usage de l’arme de poing est une tradition aux USA et c’est tout naturellement que ce pays a mis en place ce type d’arme, prétendue non létale, pour neutraliser les individus violents. Je ne suis pas favorable à ce genre d’armement en France car notre pays dispose suffisamment d’armes de substitution comme le tonfa pour la police, le bâton télescopique pour la gendarmerie ou l’armée. Le principe de précaution doit prévaloir pour éviter tout accident éventuel, même si le risque supposé est présenté comme minime. La solution n’est pas dans une dotation à la surenchère d’armes professionnelles mais dans une formation initiale et continue opérationnelle, c'est-à-dire en phase avec la réalité du terrain. Autrement dit, pourquoi donc doter d’une arme supplémentaire, avec une formation certes spécifique mais brève à la clé, alors que les professionnels éprouvent souvent beaucoup de difficulté à intervenir à mains nues ou avec une arme intermédiaire de type tonfa ou bâton. Pour avoir visité plusieurs Académies de Police dans le monde, je suis partisan d’un système de formation au plus prés de la réalité pour donner plus de confiance aux agents dont le travail est sur le terrain de l’action et non dans le confort des salles et des tatamis. Concrètement, par exemple, dans notre méthode du ROS, nous n’utilisons jamais de tonfa ou de bâton en mousse, de même que les agents s’entraînent avec leur équipement professionnel et non en survêtement; tout cela pour les habituer à l’inconfort, à l’imprévu, bref à la réalité de l’intervention qui proscrit les gestes superflus ou les techniques ludiques d’entraînement à deux. Le ROS sensibilise sur la complémentarité de l’usage des armes en dotation que peut posséder un agent. Il pourra de ce fait à la fois menotter, tout en ayant sorti le tonfa, conduire au sol ou évacuer un individu selon le danger, le neutraliser au sol et le relever avec une mise en joug de protection. La solution n’est donc pas dans le matériel mais chez le professionnel mal formé en général. USPPM: Pouvez vous rappeler brièvement les pratiques et les règles en matière d’armement des polices? J.Levinet – Les forces de police dites ordinaires (en opposition aux unités spéciales qui sont plus lourdement armées), sont essentiellement dotés d’arme de poing de 4ème catégorie (en particulier le SIG SAUER) et d’une arme intermédiaire non létales de 6ème catégorie (tonfa ou bâton télescopique). Une dotation amplement suffisante si tant est que la formation (et oui j’y reviens car c’est là que le bas blesse!) soit cohérente avec un cursus initial et un entraînement continu non déconnecté des situations à gérer quotidiennement. S’il est vrai, par exemple, que les polices municipales sont de plus en plus entraînées sur les stands de tir, en revanche leur entraînement en gestes et techniques d’intervention à mains nues ou avec tonfa est modeste et souvent réduit à des exercices en salle en tenue de survêtement et de basket avec (parapluie et non sécurité oblige!!!) des armes en mousse. Or les armes utilisées par les voyous à leur encontre n’ont rien de souple mais sont bel et bien des bâtons, des couteaux, des rasoirs, des battes ou des barres de fer. Comment voulez vous qu’un agent soit bien formé en bloquant des coups de batte mousse avec un tonfa du même type. Le ROS n’utilise que des armes réelles, tant pour les agresseurs que pour les agents. Le tout avec des exigences de sécurité draconiennes qui évite toute blessure. Le résultat final est tout autre, à la grande satisfaction des stagiaires qui comprennent mieux pourquoi le ROS exclut tout blocage dangereux et inefficace à l’instar de ce qui se fait avec un tonfa mousse. Autrement dit le problème n’est, à nouveau pas dans la dotation de l’armement réglementaire, mais dans la façon de s’en servir. USPPM: Si nous vous avez bien compris, vous préconisez un emploi plus judicieux des armes intermédiaires de type tonfa. Que pensez vous de cette arme en dotation dans beaucoup de polices municipales ? J.Levinet – Le tonfa ou Bâton de Police à poignée latérale est un outil professionnel formidable mais son usage, dû à une formation par trop réductrice, a été édulcoré. C’est un paradoxe en France car il faut, pour bien saisir l’utilisation hexagonale qui en est faite, revenir au pays originaire de son emploi policier, à savoir les USA. Les polices américaines utilisent de moins en moins cette arme car leur législation leur permet un usage plus facile des armes de poing ce qui limite l’emploi du tonfa, souvent remplacé maintenant par le Taser augmentant la distance mais également les risques.. Donc les policiers d’outre atlantique nécessitent moins de technicité dans l’usage du tonfa. Par contre en France, notre législation restreint l’usage de l’arme de poing et de ce fait a prévu une plus grande utilisation du tonfa (raison pour laquelle, au passage, j’ai du mal à comprendre la dotation supplémentaire du Taser. Mais la difficulté, encore une fois, se trouve dans notre système de formation qui restreint le potentiel du tonfa. Il est par exemple, seulement employé à partir de la saisie de la poignée et avec des clés de neutralisation ou de conduite, seulement efficaces que si l’individu interpellé est conciliant. Le ROS utilise toutes les opportunités d’emploi de cette arme avec des saisies dites en tomahawk ou en épée pour s’adapter aux différentes distances d’interpellation. Dire que ces techniques sont dangereuses est faux si une formation sérieuse est suivie. Soyons concret une tenue ROS du tonfa en tomahawk permet, non seulement de bloquer, riposter, neutraliser mais aussi libère une ou deux mains pour un menottage ou une mise en joug de dégagement. Souvent le tonfa est délaissé ou partiellement utilisé par nos agents faute d’avoir vu toutes ses possibilités d’emploi. Soyons donc plus techniciens que dont nos amis américains ont été à l’origine policière, soyons donc plus techniciens que n os collègues américains mais dans une voie opérationnelle et non académique. Mes démonstrations de Tonfa ROS à l’Académie de Police de New York, auprès des Spetsnaz de Russie ou des Swats Australiens ont suscité un vif intérêt de la part de ces experts qui trouvent souvent bien dommage que nous n’utilisions pas tout ou partie de notre savoir faire dans notre pays. USPPM – Vous revenez souvent sur le problème de la formation. Comment, selon vous, devrait elle être conçue ? J.Levinet – De façon très pragmatique et réaliste. Elle doit être dispensée que par de vrais professionnels et avisés du terrain et non par des sportifs (quelque soient leur palmarès). La formation initiale doit permettre de mieux se préparer au terrain de l’action par des exercices en situation. Autrement dit une formation pro par des pros. Concrètement les élèves doivent être équipés de leur future tenue de fonction avec armes neutralisées mais réelles (poids, manipulation etc.), tonfa ou bâton selon le cas, menottes etc.; bref avec leur ceinturon complètement équipé. A partir de ce postulat de base, les exercices prennent une toute autre allure car les stagiaires sont alors confrontés à la difficulté de faire tel ou tel exercice, pourtant facile en survêtement ou sur un tapis souple (dégainé, chute, placement des armes etc.)Parer une vraie batte avec un vrai tonfa oblige son détenteur à plus de prudence et de vigilance, exclut aussi les techniques dangereuses de blocage à deux mains. Un autre volet, et non des moindres, est de leur apprendre à parler professionnellement en situation de conflit qui dégénère. Nous le faisons régulièrement dans le ROS par l’ADP (Attitude, distance, placement) et des jeux de rôles toujours ignorés d’avance par les stagiaires. La formation continue ne doit pas être quinquennale, voir plus dans certains cas, mais annuelle avec des feed back (retour d’expérience) permanents si l’on ne veux pas être déconnecté de la réalité. Je prends un exemple concret. Les voyous utilisent beaucoup les petites battes tenues à une main et faciles à dissimuler sous un blouson ou dans un sac de sport. Si vous ne sensibilisez pas les agents à cette problématique, vous leur faites prendre des risques autant pour eux que pour leurs protagonistes. Une formation idéale serait, à l’instar des systèmes anglo-saxons comme à l’École de Police du Québec où je me suis rendu, celle qui permettrait à l’agent incriminé lors de sa preuve de légitime défense, de pouvoir s’appuyer sur sa formation continue, via par exemple un carnet de suivi et le témoignage judiciaire de son instructeur. En France la légitime défense se prouve, non pas seulement par un texte de loi, mais une reconstitution. Le ROS insiste sur les justifications des techniques employées que tous nos stagiaires doivent être capable d’expliciter concrètement. Enfin la formation doit constamment évoluer n en déplaise aux nabab des écoles de formation des forces de l’ordre dont la remise en question n’est pas leur tasse de thé. USPPM – Vous avez fondé une autre méthode de la canne défense à partir des techniques du tonfa. Pourquoi et à qui s’adressent ces formations ? J.Levinet – Tout d’abord, pour moi, le tonfa police n’a rien de sportif et ne devrait être enseigné qu’aux professionnels de la sécurité, dûment habilités ;tout comme les formations à ce type de matériel ne devraient être dirigées que par des pros reconnus. C’est donc, à partir de ce raisonnement et vu les demandes de beaucoup de civils, à qui je refusais l’instruction au tonfa, que j’ai eu l’idée de développer la canne défense tant au niveau du matériel que de la méthode. Ma façon opérationnelle d’utiliser le tonfa m’a aidé à trouver dans une canne aménagée (non pas en arme) son efficience pour se défendre. La crosse de la canne a remplacé la poignée du tonfa tout comme la pointe et le corps. La canne défense est un accessoire encore plus efficace que le tonfa car plus d’allonge donc plus de sécurité, des ripostes plus efficaces et plus ciblées, des blocages complètement indolores, des moyens de pression époustouflants, même pour un profane, grâce au bec de crosse de la canne. La canne défense*, dont le programme a été élaborée par paliers de progression, est devenue une discipline sportive à part entière, à présent reconnue par la Fédération Française de Savate et Boxe Française dont je suis devenu le responsable technique national pour cette activité. Mais l’aspect social de cette discipline est venu aussi de l’adaptation de cette méthode pour les personnes du 3ème age avec la canne défense santé pour les seniors regroupés en association ou en maisons de retraite. L’autre apprentissage de cette méthode, la canne défense thérapeutique, s’est adressé aux malades d’Alzheimer en clinique spécialisée. Ce dernier volet a été reconnu comme atelier thérapeutique à la clinique pilote des Jardins de Sophia à Castelnau le lez (près de Montpellier) où nous assurons des cours chaque mercredi, à la grande satisfaction du corps médical, des malades et des familles. La canne défense pour tous en quelque sorte, malades ou bien portants, sportifs ou non, jeunes et moins jeunes. USPPM – Vous avez fondé l’Académie de formation professionnelle AJL. Pouvez vous nous la présenter brièvement? J.Levinet – C’est une structure associative, régie par la loi de 1901, qui dispense plusieurs pôles d’activités pour le tout public et un volet professionnel pour les forces de l’ordre avec, pour ces derniers, la mise en place d’une méthode opérationnelle de terrain dont le nom anglais « Real Operationals System » ou ROS a été choisi en fonction des nombreux stages et formations que j’ai effectués dans les pays anglo-saxons. L’AJL dispose de plusieurs enregistrements et reconnaissances nationales et internationales, dont un numéro d’agrément du Ministère de la Jeunesse et des Sports, un numéro d’enregistrement d’organisme de formation professionnelle au Ministère du Travail ainsi que différents enregistrements auprès de nombreuses institutions en France et à l’étranger comme le Ministère Espagnol de l’Intérieur et l’ICPSE (Confédération Internationale des Experts Police et sécurité) ainsi que le PMA (Police Martial Arts) où siègent de grands experts en matière de sécurité. L’AJL assure la formation professionnelle du ROS pour les forces de l’ordre de tout genre (police, armée, douanes, pénitentiaire, protection rapprochée) ainsi que la formation initiale et continue des polices municipales. Notre but n’est pas de montrer notre compétence par la critique mais de toujours nous remettre en question pour aller tester le ROS sur le terrain en toute légalité auprès de certaines unités à même de nous dire si la méthode marche ou pas. Bien qu’Académie nos formations ne sont pas académiques c'est-à-dire stéréotypées et dépourvues de tout réalisme. Le retour de terrain ou feed back est un des piliers de l’évolution du ROS. Ce n’est pas au diplôme que l’on juge un formateur ou un stagiaire mais à sa pédagogie et à son savoir faire opérationnel. Nous disposons d’un réseau de formateurs dans plusieurs régions de France ainsi qu’à l’étranger. Notre savoir faire a été reconnu par de nombreuses unités spécialisées en France, en Europe, en Australie, aux USA et dernièrement en Russie. Nous devons prochainement assurer des démonstrations et formations ROS en Argentine et en Malaisie. Notre site officiel www.academielevinet.com permet de mieux nous connaître à travers les nombreux clips vidéos et média que nous avons enregistrés. USPPM - En conclusion quelles recommandations formuleriez vous aux maires qui s'interrogent sur la meilleure formation à prodiguer à leurs agents de police ? J.Levinet – Vérifier ou faire vérifier le bien fondé et l’aura des organismes de formation qui proposent leur service. Définir, avec eux, le cahier des charges de la formation dont ils sont demandeurs. S’assurer d’un retour de terrain de la formation effectuée pour créer un lien entre leur personnel et l’autorité. Vérifier le bien fondé de la formation professionnelle préconisée par le formateur. Mettre la formation comme objectif prioritaire pour la sécurité à la fois de ses agents de ses concitoyens. Prévoir une formation continue par la formation d’instructeurs certifiés issus de ses agents ce qui réduira le coût de la formation à pratiquement rien. Un recyclage obligatoire annuel pour les instructeurs afin de mieux former, par ricochet, les agents. Ne pas se contenter de doter les agents de nouvelles armes sans penser à leur entraînement à mains nues et à leur attitude qui s’en dégage sur le terrain car ils sont les ambassadeurs, en bien ou en mal, du premier élu. Ne pas terroriser (par peur ou par réflexe parapluie) les agents par une interdiction formelle de l’utilisation (je n’ai pas dit l’usage) de leur arme de poing (s’ils en sont dotés). Sortir et mettre en joug, sans image de western, peut s’avérer parfois vital et nécessaire pour se dégager d’une situation très critique mais encore faut-il s’y entraîner. Pas de politique de l’autruche ou sinon il faut que le Maire désarme ses agents. Je vois trop souvent d’agents en difficulté pour se servir efficacement de leurs menottes, mal utiliser le tonfa et ne même pas oser toucher leur arme de poing pour me permettre de conseiller aux décideurs de formation de tester le ROS pour mieux cerner, concrètement et non théoriquement, la problématique. Chacun a la formation qu’il mérite. Il faut choisir et ce n’est pas une question de coût mais de volonté impartiale. Donc pas de favoritisme et de copinage. On ne le pardonne jamais en cas d’échec. * ROS et CANNE DÉFENSE sont des marques déposées à l'INPI
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